Malaises mortels au travail : une nouvelle étude de l’INRS confirme le profil des victimes et dessine les pistes de prévention
Le 4 juin 2026, l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) a publié un communiqué de presse dévoilant les résultats d’une nouvelle étude d'analyse qualitative.
Présentée à Lyon lors du 38e Congrès national de médecine et de santé au travail, cette étude se penche sur la problématique majeure des malaises mortels survenant en milieu professionnel. En s’appuyant sur les données de la base Epicea (Étude de prévention par l'informatisation des comptes rendus d'accidents), les chercheurs ont analysé les caractéristiques de ces drames afin de proposer des leviers d'action concrets pour les entreprises.
Le poids des malaises mortels dans les accidents du travail
Pour mesurer l'ampleur du sujet, il convient de se pencher sur les données globales de la sinistralité en France.
En 2024, l'Assurance maladie Risques professionnels a reconnu environ 760 décès accidentels imputables au travail. Parmi ces événements tragiques, près de 60 % sont officiellement qualifiés de « malaises mortels ».
La médecine du travail définit le malaise mortel comme un décès survenant directement sur le lieu de travail, ou à l'occasion de celui-ci, sans qu'aucune cause externe évidente (comme un traumatisme, une hémorragie ou une électrocution) ne puisse être identifiée. Contrairement aux accidents classiques, le malaise mortel provient d'une défaillance interne.
Une première analyse de l'INRS, portant sur la période s'étalant de 2012 à 2022, avait déjà mis en lumière que ces événements correspondent majoritairement à des morts subites cardiaques. La nouvelle étude de l'institut, qui s'est concentrée spécifiquement sur les cas recensés entre le 1er septembre 2023 et le 28 février 2025, vient confirmer de manière stricte ces premières conclusions.
Profil des victimes et secteurs d'activité les plus touchés
Les données extraites de la base Epicea permettent d'esquisser un portrait-robot très précis des salariés touchés par ces malaises mortels entre 2023 et 2025. Les statistiques montrent une forte disparité de genre et des spécificités claires concernant l'âge et la profession :
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Le genre et l'âge : Dans la grande majorité des situations, soit 88 % des cas, les victimes sont des hommes. L'âge médian au moment du décès est de 53 ans.
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Les professions concernées : Les conducteurs de poids lourds représentent la catégorie professionnelle de loin la plus touchée, regroupant à elle seule 15 % des malaises mortels analysés. Viennent ensuite les cadres et les directeurs, qui comptent pour 8 % des victimes. Enfin, les agents d'entretien et les professionnels qualifiés des métiers du bâtiment représentent chacun 3 % des décès.
L'un des enseignements marquants apportés par le Dr Anne Bourdieu, co-autrice des travaux au sein de l'INRS, concerne l'environnement direct au moment du drame. Les données indiquent que dans 83 % des cas, l'activité exercée par le travailleur juste avant le malaise est décrite comme étant son activité habituelle. Par ailleurs, 73 % des victimes se trouvaient seules lorsque le malaise s'est déclenché, sans pour autant que ces personnes soient qualifiées de « travailleurs isolés ».
Sur le plan médical, plus de 8 malaises sur 10 s'apparentent cliniquement à des morts subites cardiaques. Le mécanisme biologique sous-jacent et principal identifié dans ces comptes rendus d'accidents demeure l'infarctus du myocarde.
Les facteurs de risques professionnels identifiés
L'analyse des récits d'accidents met en lumière plusieurs facteurs de risques professionnels objectifs qui favorisent l'apparition de ces pathologies cardiovasculaires aiguës. L'INRS invite les employeurs et les préventeurs à surveiller prioritairement les contextes suivants :
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La charge physique : L'activité physique intense et les opérations de manutention manuelle.
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Le rythme de travail : Les horaires atypiques, incluant notamment le travail de nuit ainsi que le travail posté.
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L’environnement thermique : Les ambiances thermiques extrêmes, qu'il s'agisse d'une exposition à un froid intense ou à de fortes chaleurs.
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Les risques organisationnels : Les risques psychosociaux (RPS) ainsi que les postures sédentaires prolongées.
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L'isolement : Les situations particulières du travailleur isolé.
Les trois leviers de prévention préconisés par l'INRS
Face à ce constat, l'INRS structure ses propositions de prévention autour de trois axes complémentaires, allant de la maîtrise des risques à l'organisation des secours d'urgence.
1. Agir directement sur l'environnement de travail
La première piste à privilégier par les entreprises consiste à réduire ou aménager l'exposition des salariés aux facteurs de risques cardiovasculaires professionnels (aménagement des horaires, réduction de la pénibilité physique, gestion de la sédentarité et des risques psychosociaux).
2. Renforcer l'organisation des secours et former les salariés
En cas de crise cardiaque, la rapidité de la prise en charge détermine les chances de survie. Le Dr Anne Bourdieu insiste sur l'importance de former un nombre accru de Sauveteurs Secouristes du Travail (SST) au sein des structures. De manière plus globale, l'ensemble du personnel doit être sensibilisé aux gestes qui sauvent : savoir donner l'alerte, réaliser un massage cardiaque et utiliser correctement un Défibrillateur Automatisé Externe (DAE) mis à disposition.
3. Optimiser le suivi individuel de l'état de santé
Le dernier levier repose sur la médecine préventive. La visite de mi-carrière, encadrée par les Services de Prévention et de Santé au Travail (SPST), s'impose comme un moment stratégique. Cet examen peut être mis à profit pour dresser un bilan complet des facteurs de risques cardiovasculaires professionnels et extraprofessionnels, avec la réalisation d'un électrocardiogramme.
De plus, ce moment sert à informer le travailleur sur les symptômes d'alerte. L'analyse montre en effet que de nombreuses victimes avaient manifesté des signes avant-coureurs (comme une douleur à la poitrine) dans les heures ou les jours précédant leur malaise, mais que ces signes avaient malheureusement été ignorés.
À propos des données : la base Epicea
Toutes les conclusions de cette étude découlent de l’exploitation de la base Epicea. Cet outil informatique compile à ce jour près de 26 800 accidents du travail graves et mortels touchant des salariés du régime général de la Sécurité sociale. Elle est alimentée en continu par les services de prévention des Caisses régionales (Carsat, Cramif, CGSS) de l'Assurance maladie. Bien qu’elle respecte strictement l'anonymat des personnes et des employeurs, sa vocation première est d'ordre qualitatif : décrire précisément l'enchaînement des faits pour définir des mesures de prévention adaptées, sans chercher à constituer une base de données purement statistique.
Dirigeants, RH, Préventeurs : anticipez le risque au sein de vos équipes
Face à ce constat sans appel de l'INRS, l'organisation des secours en entreprise n'est plus une option, c'est une priorité vitale. Augmenter le nombre de collaborateurs formés et capables de réagir face à l'urgence cardiovasculaire est le levier le plus direct pour sauver des vies sur le lieu de travail.
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